Récit de participant — Marie-Claude Frenette : Instinct du loup

Auteure: Marie-Claude Frenette


Cet article fait partie de notre série « Récits de participants » — des témoignages authentiques de gens qui ont vécu nos formations de survie en forêt. Le texte de Marie-Claude a été publié avec sa permission, avec des modifications minimales.


À 51 ans, je croyais bien connaître mes forces et mes limites. Pourtant, une fin de semaine de survie en forêt avec Black Wolf Survival m’a démontré qu’il restait encore beaucoup d’espace pour apprendre, grandir et me dépasser.

Entre la pluie, les nuits sous un abri construit de mes propres mains, les défis techniques et les moments de doute, j’ai découvert bien plus que des compétences de survie : j’ai retrouvé une confiance renouvelée en mes capacités.

Voici le récit d’une expérience marquante qui m’a rappelé que l’on n’est jamais trop âgé pour sortir de sa zone de confort et continuer à se sentir pleinement vivant.

Bonne lecture !

Et vous, quelle expérience vous a permis de repousser vos limites ou de sortir de votre zone de confort ? N’hésitez pas à partager votre histoire en commentaire.

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Instinct de loup : sortir de sa zone de confort

J’ai participé à une fin de semaine de survie en forêt avec l’école Black Wolf Survival dans le cadre de la formation Instinct de loup (niveau intermédiaire), au début de septembre 2026.  Je ne disposais que du matériel suivant : un sac à dos, un couteau, une pierre à feu, une scie pliante, une gourde d’eau, de la paracorde, de la nourriture et des vêtements.  À travers cette chronique, je vais vous raconter d’où je viens, ce que cette fin de semaine m’a enseigné et comment je compte mettre ces apprentissages à profit dans le futur.

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D’où je viens

Je suis une femme de 51 ans qui aime profondément la nature et tout ce qui s’y rattache. Mon métier de travailleuse sociale, que j’exerce depuis 26 ans, m’a appris l’importance de prendre soin de moi en pratiquant des loisirs qui me permettent de décrocher de la souffrance humaine et de me reconnecter à l’essentiel.

À l’âge de 38 ans, j’ai découvert une passion qui m’a poussée à me dépasser et à persévérer dans une discipline exigeante, qui demande de la ténacité, des habiletés techniques, le goût du risque et, surtout, un amour profond des rivières : le canot d’eau vive. C’est à travers cette pratique que j’ai amorcé ma quête du dépassement de soi.

Je n’ai jamais été de celles à qui tout réussit du premier coup. Bien souvent, j’ai l’impression de devoir travailler plus fort que les autres pour atteindre mes objectifs. Ayant un conjoint beaucoup plus avancé que moi dans le domaine du canot de rivière, il m’est facile de me comparer à lui, de me diminuer et d’ébranler la confiance que je peux avoir en mes capacités.

Pourtant, j’ai persévéré. J’avais le désir de me surpasser et de tenir tête à cette petite voix intérieure qui me répétait que je n’étais pas assez bonne et que je n’avais pas ma place. Aujourd’hui encore, mon conjoint agit comme mentor auprès de moi dans ce domaine.

Après plus de dix ans d’expérience en canot de rivière et plusieurs expéditions comportant de nombreux portages, je peux affirmer que j’ai réussi là où je croyais échouer. J’ai agrandi ma zone de confort et je m’épanouis pleinement dans ce sport.

Même si je continue d’y trouver des défis stimulants, j’avais besoin d’un nouvel objectif afin de ne pas demeurer trop confortable dans mes habitudes. Ayant déjà suivi quelques formations en survie en forêt, plusieurs techniques demeuraient gravées dans mon esprit depuis mes premiers cours.

J’ai également eu le bonheur de rencontrer Maryse la Renarde. Elle m’a accompagnée dans un processus de mentorat en nature. Grâce à elle, j’ai appris à me connecter aux éléments de nature et à les considérer comme des alliés. Elle m’a initiée aux plantes médicinales ainsi qu’aux chants et au langage des oiseaux.

Curieuse de nature, je suis fascinée par tout ce qui me permet de mieux comprendre et reconnaître notre biodiversité. Maryse est pour moi une mentore exceptionnelle qui m’inspire confiance.

Dernièrement, elle s’est jointe à l’équipe de Black Wolf Survival comme instructrice. J’ai alors décidé de tenter ma chance et de voir si cette nouvelle aventure pouvait m’offrir une autre occasion de me dépasser.

À un certain âge, il devient facile de rester dans sa zone de confort, par peur d’être jugée.

« Qu’est-ce qu’elle veut encore se prouver à son âge ? », entend-on parfois.

Pour moi, la question n’est pas de prouver quoi que ce soit. La véritable question est plutôt :

Veux-tu continuer à te sentir vivante ? Veux-tu continuer à te dépasser ?

La vie recommence chaque matin lorsque l’on se lève. Je n’ai plus d’enfants à la maison, j’ai retrouvé confiance en moi, ma condition physique est bonne et j’ai atteint un équilibre de vie dont je suis fière.

La fin de semaine « Instinct du loup »

Les astres semblaient alignés pour un nouveau défi.

J’ai décidé de vivre cette expérience seule, sans mon conjoint, afin de ne pas pouvoir compter sur lui. Je voulais me prouver ce dont j’étais capable.

Pour participer à la formation Instinct de loup, je devais d’abord réussir le préalable nommé Rite des bois. Cette étape a été relativement facile pour moi, mais elle demeurait essentielle afin de m’assurer que je possédais les bases nécessaires.

Une fois le certificat obtenu, j’étais prête pour l’étape suivante.

Le jour J est enfin arrivé.

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On nous a montré comment construire un abri à partir des débris trouvés dans la forêt. Depuis mes premiers cours de survie, c’était l’une des compétences que je rêvais de maîtriser. Cette fois, je devais construire mon propre abri, seule.

La pluie tombait sans interruption. Tout était humide.

Je me suis répétée qu’il fallait avancer un moment à la fois. Lorsque les portages deviennent difficiles en canot, mon mantra est toujours le même :

« Un éléphant se mange une bouchée à la fois. »

Cette fois-ci, c’était :

« Un abri se construit un débris à la fois. »

Et j’ai réussi.

J’étais réellement fière de moi. Je l’avais fait seule.

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La nuit sous l’abri

La nuit venue, je devais dormir dans cet abri construit de mes propres mains. Il avait plu toute la journée et mes pieds étaient complètement détrempés. Heureusement, j’avais des vêtements chauds et secs.

Toutefois, si je voulais bénéficier de la chaleur d’un feu, je devais utiliser mon Fire Steel. Exit le briquet.

C’est alors que j’ai réalisé mon erreur.

J’avais investi beaucoup d’énergie dans la construction de l’abri, mais je n’avais presque pas ramassé de matériel pour allumer et alimenter un feu. Quelques écorces de bouleau, quelques brindilles… et rien de plus.

Je me suis dit que ce n’était pas grave. J’avais déjà traversé d’autres épreuves.

J’ai tenté d’allumer un feu. Les étincelles étaient bien là, mais la technique me manquait encore. J’ai réussi à produire une flamme, puis j’ai ajouté de l’écorce trop rapidement et j’ai étouffé le feu.

La nuit a été longue.

Je dormais par intermittence. Je me réveillais souvent avec les pieds glacés. J’ai retiré mes chaussettes pour tenter de les sécher. Je me suis frictionné les pieds avec vigueur en espérant un miracle. En vain.

J’ai même utilisé du papier hygiénique pour les envelopper, mais mes pieds demeuraient humides et fripés.

Finalement, j’ai abdiqué.

Je regardais les étoiles. Malgré l’inconfort, je me sentais en sécurité. Dans les mousses près de moi, j’apercevais de petites lueurs semblables à des lucioles. Le lendemain, Maryse nous apprendrait qu’il s’agissait en réalité de champignons bioluminescents.

J’entendais les hiboux.

Je me sentais en paix.

Oui, j’avais froid aux pieds. Oui, la nuit était interminable. Mais j’étais là, seule dans mon abri, au cœur de la forêt.

À un moment donné, j’ai pris ma décision : au lever du jour, j’annoncerais aux instructeurs que je quittais la formation.

Et j’étais en paix avec cette décision.

Après tout, me disais-je, j’avais déjà accompli quelque chose d’important : construire seule mon premier véritable abri de survie.

J’étais fière d’avoir reconnu ma limite.

Le moment décisif

Au matin, je me suis dirigée vers le camp de base.

Les instructeurs, Mike et Yan, étaient présents.

« Salut les gars, j’ai pris une décision. Je quitte l’expérience. Mes pieds sont trop mouillés et je ne serai pas capable de terminer la journée. »

Mike m’a regardée droit dans les yeux :

« Non, tu ne t’en vas pas. On va faire sécher tes bottes, tes bas et tes vêtements. »

Puis Yan a ajouté :

« On ne te forcera jamais à rester. Mais on pense que tu es capable de continuer. Je vais te prêter des bas et une couverture de laine. Va t’asseoir et repose-toi. »

J’ai été profondément touchée.

Ils croyaient en moi.

Ils voulaient sincèrement me voir réussir.

Cette intervention m’a profondément bouleversée. Ces deux grands gaillards, anciens militaires, m’offraient exactement ce dont j’avais besoin : de la confiance.

Des figures masculines positives qui me disaient simplement : « Tu es capable. »

À 51 ans, j’agrandissais encore une fois ma zone de confort.

J’ai choisi de rester.

Et mon moral est remonté instantanément.

La résilience qui a émergé en moi ce matin-là est née du regard positif qu’ils ont porté sur moi. J’ai accepté ma réalité et, lorsque les instructeurs m’ont offert leur soutien, j’ai mobilisé toutes les ressources qui dormaient déjà en moi.

Grâce à ces ingrédients, j’ai poursuivi l’aventure.

Voilà ce qu’est Black Wolf Survival.

La suite

Par la suite, plusieurs membres de la meute m’ont aidée et conseillée. Je ne me sentais plus seule. J’étais entourée de personnes prêtes à tout pour que chacun réussisse ses défis personnels.

Cependant, une chose était certaine : je ne passerais pas une deuxième nuit sans maîtriser le Fire Steel.

Avec l’aide de Mike et de Christian, un autre membre de la meute, j’ai finalement réussi à allumer mon feu.

Quelle victoire !

J’ai ressenti à la fois de la fierté et de l’humilité.

J’ai pris le temps de récolter intelligemment mon combustible : écorces de bouleau, brindilles sèches, branches de différents diamètres et bois mort en quantité suffisante pour alimenter les flammes toute la nuit.

Je me suis alors sentie dans un véritable état de grâce. Une paix intérieure profonde s’est installée entre mes moments d’éveil et de sommeil.

Contrairement à ce que certains pourraient penser, je ne recherche pas la souffrance dans ce genre d’activité. J’y trouve plutôt une connexion authentique avec la nature, un apaisement et un sentiment de liberté.

Seule avec moi-même, accompagnée de la forêt et du feu, je profitais pleinement du moment présent.

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Depuis mon arrivée sur le site, j’avais commencé à développer mes habiletés de bushcraft et de survie. Selon un article paru dans la revue Géo Plein Air, le bushcraft consiste à vivre de manière volontaire et harmonieuse avec l’environnement naturel.

Bien entendu, ces compétences pourraient s’avérer utiles en période difficile. Toutefois, ce n’est pas ce qui motive ma démarche.

Je suis là pour apprendre, m’amuser et passer le plus de temps possible en plein air.

Durant cette fin de semaine, j’ai aussi appris les rudiments de l’allumage d’un feu par friction, la purification de l’eau, la fabrication de pièges sans équipement et le tressage de cordage.

Ce n’est qu’un début.

Je devrai maintenant pratiquer ces techniques jusqu’à les maîtriser avant de me lancer dans le niveau avancé.

Ce que j’en retiens

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Je suis revenue transformée et déterminée à poursuivre cette aventure.

Enfin, j’ai trouvé une école qui encadre solidement les apprentissages tout en croyant sincèrement au potentiel de chacun.

Il ne s’agit pas seulement d’apprendre des techniques de survie. Il s’agit d’adopter un mode de vie qui développe notre résilience, notre capacité d’adaptation et notre confiance en nous-mêmes.

Dormir dehors, composer avec les caprices de la météo, utiliser les ressources disponibles pour se protéger et s’entraider : n’est-ce pas là un retour à l’essentiel ?

Dans un monde où les défis se multiplient, faire partie d’une meute comme Black Wolf Survival, c’est apprendre à coopérer, à développer sa résilience et à demeurer prêt à relever de nouveaux défis.

Et surtout, c’est continuer à grandir, peu importe l’âge.

Merci, Black Wolf Survival.

Fière d’être une louve.

Marie-Claude Frenette

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