Quatre jours dans le blizzard : ma première leçon de survie inuit

Auteur: Yann

Tout a commencé à Igloolik, lors de ma toute première patrouille de la souveraineté du Canada.

Une première expérience dans l'Arctique. Une immersion totale. Et, sans que je le sache encore, une leçon de vie — et les bases de ce qui allait devenir ma philosophie d'enseignement dans une école de survie.

On patrouillait en motoneige quand tout a changé.

Un vieux Inuit s'est arrêté net. Il a levé les yeux vers le ciel. Il a observé l'horizon. Le blizzard arrivait droit sur nous.

Il a dit simplement :

« On doit faire vite. »

La température était déjà à -50 °C. Avec le vent, on parlait d'un ressenti proche de -70 °C. Ce n'était plus une patrouille. C'était une question de survie.

En quelques instants, tout le monde s'est mis en mouvement. Il fallait construire des igloos, maintenant. Pas demain. Pas après réflexion. Maintenant.

C'est là que j'ai compris une chose fondamentale : l'expérience ne s'achète pas. Elle se vit. Aucune école de survie au monde ne peut remplacer ce que la nature elle-même t'enseigne quand ta vie en dépend.

Moi, j'étais en mode survie pour la toute première fois dans l'Arctique. Apprendre vite. Observer. Écouter. Faire confiance à ceux qui savent. Résister au froid extrême. Développer une résilience que rien, jusque-là, ne m'avait demandé.

Ce blizzard nous a retenus quatre jours.

Une forteresse de neige

Pendant ces jours-là, j'ai aussi vu quelque chose d'incroyable. Après un moment, je suis monté sur le toit de l'igloo pour constater comment la structure avait changé. La neige, avec le vent et le froid, s'était transformée. L'igloo était devenu dur comme du béton. On pouvait marcher dessus sans problème. On aurait pu mettre plusieurs personnes sur le toit et rien n'aurait bougé.

À ce moment-là, j'ai compris à quel point ce savoir ancestral est puissant. Une simple neige, bien utilisée, peut devenir une forteresse contre l'Arctique.

Et le matin où nous avons enfin pu sortir, après que le vent se soit calmé, on a découvert l'ampleur de ce qui venait de se passer.

Les rafales du blizzard avaient enseveli nos motoneiges, notre équipement et nos komatiks sous la neige. Tout était presque disparu sous les accumulations. Il a fallu pelleter, creuser et dégager pendant des heures pour tout retrouver et repartir.

Quatre jours qui m'ont changé à jamais.

T'as pas froid ?

Aujourd'hui, certaines personnes me voient enseigner avec Black Wolf Survival, école de survie fondée sur ces mêmes principes vécus sur le terrain — parfois en hoodie, parfois peu habillé — et me demandent :

« T'as pas froid ? »

Je souris toujours.

Après avoir passé cinq ans dans l’Arctique, à retourner chaque année pendant quatre mois dans les hivers les plus froids, à apprendre et survivre aux côtés des Inuits, ta perception du froid change pour toujours. Ce que plusieurs trouvent extrême devient simplement… une autre journée.

Après cette première expérience, je suis retourné dans le Nord. Encore et encore. Dans plusieurs communautés. Chaque séjour renforçait mon respect, mon humilité et mon désir d'apprendre.

Merci, Allen

Je tiens à remercier Allen Pogotak.

Année après année, il m'a enseigné presque tout ce que je sais de l'Arctique. Il a nourri mon désir d'apprendre, jusqu'à me faire sentir — tranquillement, sans jamais le dire — que je pouvais devenir un des leurs. Il m'a même transmis la langue locale, l'inuktitut.

Ce sont des souvenirs qui durent toute une vie.

Aujourd'hui, quand j'enseigne dans notre école de survie l'hiver, une partie de mon cœur est encore là-bas.

Dans le vent.

Dans la neige.

À Igloolik.

Black Wolf Survival — Parce que le froid ne tue que ceux qui ne sont pas prêts.

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